« 12 mai 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16330, f. 155-156], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5377, page consultée le 24 janvier 2026.
12 mai [1837], vendredi matin, 10 h. ¾
Jour méchant bonhomme. Comment que vous vous
portez ? Je vous défends d’être malade. D’abord parce qu’enfin vous n’avez pas besoin
d’avoir tout réunia la méchanceté et
la maladie, on ne pourrait plus vous approcher sans [bâtons ?]. Je vous
aime comme il n’est pas possible, car je vous aime méchant, maussade et hargneux
autant que si vous étiez le plus doux, le plus aimable et le plus ravissant des
hommes. Je crois même que je vous en aime davantage. Comment as-tu passé la nuit mon
petit chéri ? Le temps était peu propice à la promenade si j’en juge d’après celui
qu’il fait ce matin. J’ai un mal de tête fou et je crains que toi-même tu ne sois
pas
à l’abri de cette mauvaise influence avec ton rhume de cerveau. J’ai déjà préparé
mon
feu. Je trouve qu’il fait un froid sterling. Je
me sens vraiment mal à mon aise. Ça ne m’empêche pas de vous aimer comme un tonnerre.
Je serais à la mort, je serais même morte tout à fait que je vous aimerais encore
autant. Voilà comment je suis. Arrangez-vous en si vous pouvez, mais je n’en rabattrai
pas car à la fin des fins je m’insurge.
Viendrez-vous très tôt mon ga to1 ? J’ai bien besoin de baiser votre petite figure
renfrognée. En même temps je réchaufferai vos petites pattes blanches et votre gros
cœur rouge et puis je vous baiserai partout.
Juliette
1 Juliette joue davantage ici sur le sens espagnol de ce jeu syllabique (« mon chat »).
a « réunis ».
« 12 mai 1837 » [source : BnF, Mss, NAF 16330, f. 157-158], transcr. Sylviane Robardey-Eppstein, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5377, page consultée le 24 janvier 2026.
12 mai [1837], vendredi après-midi, 1 h. ¼.
Mon cher petit homme, je vous aime de tout mon cœur. Je voudrais bien voir le bout
de
votre nez seulement. Je crois que cela ferait du bien à mon affreuse tête dont je
souffre horriblement. Je meurs de froid, dieu de dieu ! Vous sentez mon cher petit
homme que je ne compte pas que vous me mènerez dîner à la campagne aujourd’hui sans
quoi je me garderais bien de jeter les hauts cris contre le temps. Au contraire je
le
trouverais charmant et très chaud [Colas ?] [collant ?]a. J’ai là une lettre que je
présume être de mon père1. Quand
vous viendrez, seigneur, vous la lirez. Jour mon
petit Toto. Qu’est-ce que nous allons devenir si ce temps-là continue ? Quantb à moi je me couche une bonne fois pour
ne me relever que dans six mois afin qu’on fasse mes couvertures.
Qu’on vous
dit. Je suis sûre que vous aurez le front de me dire que vous avez travaillé
aujourd’hui quoique cela ne soit pas vrai et que vous soyez un vieux menteur de chien.
Ah ! si je ne vous aimais pas ou si je vous aimais moins seulement !
Juliette
1 C’est ainsi que Juliette désigne son oncle René-Henry Drouet.
a « colant ».
b « quand ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent en Belgique, où elle prend le train pour la première fois.
- 20 févrierMort d’Eugène, frère de Victor Hugo, à Charenton.
- 26 juinLes Voix intérieures.
- 3 juilletPromu officier de la Légion d’Honneur.
- 14 août-14 septembreVoyage avec Hugo en Belgique et dans le nord de la France.
